Vos racines regraissent au bout de deux jours. Vous relavez, forcément. Et à chaque passage sous la douche, la teinte posée la semaine dernière semble s'alléger un peu. Trois semaines plus tard elle paraît plate, les longueurs collent, le soupçon s'installe. Des cheveux gras et une coloration qui file, ça ressemble trop à une cause et à son effet pour être une coïncidence.
À retenir sur les cheveux gras et la coloration
- Le sébum ne fait pas dégorger votre couleur. Un corps gras n'a pas de quoi décrocher un pigment déposé à la surface du cheveu.
- Une couleur part avec de l'eau et un agent lavant. Le sébum est exactement l'inverse, il imperméabilise la fibre au lieu de la mouiller.
- Ce que le film gras fait, c'est ternir. Il capte poussières et résidus de coiffage, la teinte paraît éteinte alors que les pigments sont toujours là.
- Le vrai coupable est le compteur de shampoings. Un cuir chevelu qui regraisse en deux jours fait subir au dépôt trois fois plus de passages qu'un lavage bihebdomadaire.
- Le shampoing antigras est le piège. Il est formulé pour dissoudre les corps gras, donc il emporte les pigments de surface au passage.
- Un shampoing colorant remplace le lavage du jour plutôt que de s'ajouter à votre semaine, ce qui change l'arithmétique sans rien changer à votre routine.
Qu'est-ce que le sébum ?
Le sébum est le corps gras que votre cuir chevelu fabrique en continu. Quand les glandes travaillent beaucoup, le film se reconstitue en un à deux jours et les racines paraissent lourdes bien avant que les longueurs en aient besoin. Sa composition explique presque tout ce qui suit, à commencer par ce qu'il peut ou ne peut pas faire à un pigment.
De quoi le sébum est-il fait ?
Les glandes sébacées, logées à la base de chaque cheveu, sécrètent un mélange dominé par les triglycérides, les mêmes corps gras que dans une huile alimentaire, à hauteur de 30 à 60 %. Viennent ensuite les esters de cire, autour de 20 à 30 %, les acides gras libres, de 10 à 30 %, puis le squalène, un lipide dont la concentration dans le sébum humain n'a pas d'équivalent ailleurs dans l'organisme. Ce mélange remonte le long de la fibre et forme un film continu.
Un film qui imperméabilise plutôt qu'il ne lave
Ce film a une fonction précise. Il lubrifie la surface du cheveu et l'imperméabilise, ce qui limite le dessèchement. Un cheveu chargé de sébum se mouille moins bien qu'un cheveu propre, comme une veste dont le traitement déperlant tient encore.
Le sébum n'a pas ce qu'il faut pour emporter un pigment
Une coloration ne s'efface pas au contact d'une matière grasse. Elle part quand de l'eau vient dissoudre le colorant et l'entraîner hors de la fibre. Avec un shampoing colorant, les pigments se déposent à la surface du cheveu sans pénétrer le cortex, la partie interne où une teinture d'oxydation loge sa couleur. Ce dépôt se retire sous la douche, pas sous un film de sébum.
Ce qu'il faut réunir pour qu'une couleur dégorge
Deux ingrédients suffisent. L'eau d'abord, dans laquelle le colorant se dissout. Un tensioactif ensuite, l'agent lavant du shampoing, qui décroche les corps gras et facilite la pénétration de l'eau dans la fibre. Le frottement accélère le mouvement sans en être la cause.
Les chimistes qui cherchent à ralentir ce phénomène travaillent d'ailleurs dans l'autre sens. Une étude publiée en 2009 dans le Journal of Cosmetic Science montre qu'un polymère hydrophobe déposé sur la cuticule réduit le lessivage du colorant au shampoing. Une barrière qui repousse l'eau protège la couleur au lieu de l'emporter. Votre sébum est une barrière de ce type, en moins régulière.
Le film gras ternit sans rien retirer
Un cheveu propre présente une surface régulière qui renvoie la lumière de façon nette, ce qui donne la sensation de profondeur et de brillance. Chargées de sébum, les mèches se collent, se regroupent et la lumière se diffuse au lieu de rebondir. Le film capte en prime la poussière, la pollution et les résidus de laque ou de sérum. Cette couche s'installe par-dessus la teinte. Elle la cache, elle ne la retire pas. Sur des cheveux blancs mal couverts, elle peut même laisser un voile jaunâtre qui accentue l'impression de couleur fatiguée.
Comment savoir si votre couleur est terne ou délavée ?
Le test prend une soirée. Faites un shampoing, séchez complètement, puis regardez vos cheveux à la lumière du jour plutôt que sous l'ampoule de la salle de bain. Si la teinte est revenue, vous aviez un problème de film gras et votre couleur se porte bien. Si elle reste pâlie sur des cheveux propres et secs, le dépôt s'est estompé pour de bon. Seuls les lavages successifs sont alors en cause.

Cheveux gras : comment faire tenir votre coloration ?
Un cuir chevelu gras ne raccourcit pas votre coloration parce qu'il produit du gras. Il la raccourcit parce qu'il vous fait relaver. Le levier n'est donc pas de combattre le sébum, il est de réduire le nombre de passages que subit le dépôt de pigments et de surveiller avec quoi vous lavez.
Le vrai coupable : le nombre de shampoings
Chaque shampoing retire une fraction du dépôt de surface. Sur un cycle de six semaines, l'écart entre deux rythmes de lavage n'a rien d'anecdotique.
| Rythme de lavage | Shampoings sur un cycle de 6 semaines |
|---|---|
| 2 fois par semaine | 12 |
| 3 fois par semaine | 18 |
| 1 jour sur 2 | 21 |
| Tous les jours | 42 |
Deux personnes qui ont appliqué la même nuance le même jour n'obtiennent donc pas la même tenue, sans que le produit y soit pour quoi que ce soit. Gagner une seule journée entre deux lavages retire déjà une dizaine de passages sur le cycle.
Le piège du shampoing antigras
Le type de produit compte autant que le nombre. Les formules antigras, purifiantes, détox ou à l'argile sont conçues pour dissoudre le film lipidique, ce qui suppose une concentration élevée en tensioactifs. Elles emportent une bonne part des pigments de surface au passage. Un cuir chevelu gras se retrouve pris en tenaille, il réclame le rayon le plus détergent au moment précis où la couleur demanderait le plus doux.
Ces shampoings gardent une utilité, à condition de choisir leur moment. Placez-en un la veille d'une nouvelle application, sur une teinte déjà estompée que vous alliez raviver de toute façon. Vous partez d'une fibre nette et vous ne sacrifiez rien.
Lavez la racine, épargnez les longueurs
Le gras se concentre sur le dessus du crâne, les tempes et la nuque. Vos pointes restent sèches et portent l'essentiel du dépôt de couleur. Le lavage gagne à suivre cette géographie au lieu de traiter toute la chevelure de la même façon.
Émulsionnez une petite dose dans vos paumes, posez la mousse directement au cuir chevelu puis massez cette zone du bout des doigts. Ne remontez pas les longueurs en paquet sur votre tête pour les frotter, ce geste crée des nœuds et use le dépôt. La mousse qui redescend au moment du rinçage nettoie suffisamment le reste. Rincez tête en arrière, sans frotter. Une fibre lisse et démêlée garde mieux ses pigments, ce qui vaut pour tout l'entretien des cheveux colorés et pas seulement pour les jours où vous ravivez la teinte.
Faites du jour de coloration un jour de lavage
Un shampoing colorant repigmentant tient les deux rôles en un seul passage sous la douche, puisque sa base nettoyante est celle d'un shampoing classique. Le jour de l'application, vous ne rajoutez donc aucun lavage à votre semaine, vous remplacez celui du jour. Deux réflexes valent le coup quand le cuir chevelu est gras. Insistez au massage sur le dessus du crâne, sinon le produit reste posé sur les longueurs sans atteindre la zone où le film est le plus épais. Et ne repassez pas de shampoing après le rinçage, ce second lavage retirerait une partie des pigments tout juste déposés.

On répond à vos questions sur le sébum et la couleur
Le shampoing sec fait-il dégorger la couleur ?
Non, car il travaille sans eau. Ses amidons ou son argile absorbent le sébum, puis le brossage emporte la poudre chargée de gras. Aucun tensioactif, aucun rinçage, donc rien qui touche au dépôt de pigments. Le seul risque est visuel. Une formule blanche laisse un voile grisâtre sur une teinte foncée, d'où l'intérêt des versions teintées ou d'un brossage sérieux après application.
Un masque ou une huile sur les longueurs peuvent-ils faire partir la couleur ?
Un corps gras posé sur la fibre ne dissout pas un pigment de surface, pour la même raison que le sébum. Ce qui délave un soin riche, c'est le shampoing qui vient le retirer ensuite. Appliquez vos masques des mi-longueurs aux pointes, laissez poser, rincez abondamment et évitez d'enchaîner un second shampoing pour vous débarrasser d'une sensation grasse.
Faut-il se laver les cheveux avant d'appliquer une coloration quand on a le cuir chevelu gras ?
Un film d'une journée ou deux ne gêne pas l'application. Les coloristes recommandent plutôt de laver 12 à 24 heures avant. Ce qui gêne, c'est l'accumulation. Une huile riche posée la veille, un sérum épais ou plusieurs jours de laque forment une couche qui empêche les pigments d'accrocher régulièrement. Dans ce cas seulement, passez votre shampoing habituel, laissez sécher, puis colorez.
Mes racines regraissent plus vite depuis que je me colore, est-ce lié ?
Plutôt l'inverse. Un dépôt posé en surface ne modifie pas l'activité des glandes sébacées, dont le rythme se joue surtout sur votre terrain hormonal. Ce qui a changé, c'est la routine autour. Des masques plus riches remontés trop près des racines, des lavages espacés à contrecœur pour préserver la teinte, un rinçage écourté qui laisse du produit sur le cuir chevelu. Reprenez ces trois points avant d'incriminer la couleur.
Pourquoi ma couleur tient-elle moins bien en été ?
La chaleur accélère la production de sébum, vous lavez donc plus souvent et le dépôt subit davantage de passages sur le même nombre de semaines. La transpiration et les baignades ajoutent leurs propres rinçages. La couleur ne souffre pas de la saison, elle souffre du compteur de shampoings qui monte avec elle.